La cavale de Ti’ Blan, caïd de Cité Soleil
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le: lundi 8 mars 2010
Le tremblement de terre a été sa planche de salut. Arrêté en 2007, William Baptiste devait encore purger onze ans de détention à la prison centrale de Port-au- Prince. Le séisme du 12 janvier lui a rendu sa liberté.
"J’étais dans la cour de promenade quand la terre a tremblé", raconte le jeune homme de 27 ans, tee-shirt I am proud to be an American ("Je suis fier d’être un Américain") sur le dos. "J’ai entendu des gardiens crier. Les portes sont restées ouvertes. Dehors, les soldats de la Minustah [les troupes de l’ONU] qui gardaient la prison n’étaient plus là. » Le soir de la catastrophe, plusieurs milliers de prisonniers se sont ainsi échappés de la plus grande prison d’Haïti. Une trentaine d’entre eux seulement ont été retrouvés jusqu’ici. "La plupart sont de simples voleurs de poules, résume le commissaire divisionnaire français José Fabiani, chargé de former la police haïtienne. Mais 200 à 300 sont de vrais criminels."
William est de ceux-là. Il est même l’un des chefs de gang les plus craints de la capitale. Son fief: Pelé Simon, dans Cité Soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince. C’est depuis cet endroit que Ti’Blan - son nom de caïd - a pendant des années commandité des kidnappings qui, pour certains, se sont terminés en assassinats. C’est donc là que, tout juste évadé, il est venu se réfugier. Aujourd’hui, il se cache sans vraiment prendre de précautions en attendant de faux papiers pour quitter le pays. Jamais il ne retournera en prison, prévient-il: "Ce sera mon cadavre qui y entrera."
Pour l’heure, Ti’ Blan et les autres bandits en fuite peuvent dormir sur leurs deux oreilles. La police de Port-au-Prince, pas plus que sa justice, ne sont en état de fonctionner. Et si la situation est encore sous contrôle dans la capitale, cela tient avant tout à la présence des forces étrangères, et notamment des milliers de GI qui y patrouillent. Car côté PNH (Police nationale haïtienne), nombre des 9.000 agents de la ville manquent à l’appel : ceux qui ne sont pas morts sont partis en province. Certains commissariats sont également détruits. Celui du quartier de Delmas, par exemple, n’est plus qu’une ruine. Le commissaire Carl-Henry Boucher doit diriger ses hommes depuis une tente transformée en bureau. "C’est difficile, mais nous nous battons", affirme-t-il.
Les principaux tribunaux de Port-au- Prince ont, eux aussi, été réduits en miettes. Aucun procès n’a pu se dérouler depuis le 12 janvier. Sauf celui de dix baptistes américains accusés d’avoir voulu enlever des orphelins. "Ce procès visait uniquement à sauver la face aux yeux du monde, assure Me Fleurant, l’un de leurs avocats. La vérité est que la justice ne fonctionne plus du tout." Ce dont convient Jean Manesse, le commissaire du gouvernement, qui a la main sur le parquet du pays: "La situation est des plus difficiles. Plusieurs magistrats sont morts et d’autres se retrouvent à la rue. Ce qu’on essaie de faire, c’est de rendre un service minimum aux citoyens."
Seuls les juges de paix, chargés de statuer sur les petits délits, comme les pillages de magasins, ont repris leur activité. Non sans mal. "Je n’ai plus de secrétaire, mes bureaux sont endommagés et je suis obligé de venir au commissariat pour travailler", explique le juge Oreste, qui officie à Cité Soleil. Visiblement épuisé, il estime qu’au train où vont les choses, "il faudra au moins un an avant que la justice reprenne son cours normal".